Un persona sert surtout à savoir ce qui braque les gens. Cette page réunit trois choses : les personas et l’atelier qui ont ouvert la fonctionnalité Deals, les rituels de la semaine et la formation accessibilité que j’ai montée pour les équipes produit.
RôleProduct designer · animation d’ateliers
ContexteEdenred
Volet 1Personas & atelier
Volet 2Rituels d’équipe
Volet 3Accessibilité
EmpathiseDefineIdeatePersonas
« J’ai déjà des outils qui font ça, qu’est-ce que vous m’apportez de plus ? »
Une restauratrice, en test utilisateurs
Tout est parti de phrases comme celle-là.
Un board pareil ne se remplit pas tout seul, alors je le prépare entièrement avant.
Volet 1 · Recherche & atelier
Le projet Deals
Les Deals partaient d’une idée simple. Un restaurateur crée une promotion, elle s’affiche dans l’application où les salariés cherchent où déjeuner et il remplit sa salle aux heures creuses. Entre lui et cette promo, il y a un portail qu’il ouvre seulement pour télécharger ses factures.
Sur le papier on savait déjà tout sur eux mais il manquait des visages. J’ai repris la documentation, les entretiens des tests utilisateurs et le benchmark.
J’en ai tiré trois profils, chacun composé à partir de plusieurs marchands rencontrés en test. Les phrases sur leurs fiches sont les leurs. Pour chacun j’ai cherché ce qui pouvait les faire passer à l’action ou au contraire les bloquer.
Trois restaurateurs et trois façons de dire non
Persona 1
Dimitar
L’ultra pragmatique
Restaurateur solo, trente-cinq ans de métier, quatre employés. Il fait sa compta lui-même.
« Si j’en ai pas besoin, pourquoi je le ferais ? »
Ce qui le ferait bouger
Un proche de confiance qui lui montre
Un autre restaurateur qui témoigne
Un deal déjà configuré, prêt à activer
Ce qui le braque
Le mot « accompagnement »
Un tutoriel imposé en cinq étapes
« On va vous aider à mieux gérer »
La fiche complète de Dimitar
Persona 2
Maria
La manager informée
Gérante, venue d’un autre secteur. Son comptable se connecte souvent à sa place.
« Je veux pas passer pour un imbécile. »
Ce qui la ferait bouger
Son comptable, s’il valide la démarche
Un chiffre comparé à son secteur
Un deal clés en main, des résultats affichés
Ce qui la braque
Le vocabulaire technique
Une erreur possible sans prévenir
Le ton « on va vous expliquer »
La fiche complète de Maria
Persona 3
Elena
La data-driven
Plusieurs établissements, un réseau structuré. Pilote ses indicateurs tous les jours.
« J’ai déjà des outils qui font ça, qu’est-ce que vous m’apportez de plus ? »
Ce qui la ferait bouger
Une donnée qu’elle n’a nulle part ailleurs
Un accès avant tout le monde
Des chiffres fins après le deal
Ce qui la braque
Toute posture pédagogique
Être traitée comme tout le monde
Moins de détail que ses outils actuels
La fiche complète d’Elena
Le tri : tout le monde n’était pas la cible
Avant de concevoir quoi que ce soit, j’ai posé trois conditions à remplir pour qu’un marchand crée un deal et je les ai cochées profil par profil. Deux seulement les remplissaient, même partiellement. Dimitar n’en remplissait aucune : il est sorti du périmètre de l’atelier sans sortir de la recherche.
Les conditions cochées pour les personas 2 et 3
La condition à remplir
Persona 2Maria
Persona 3Elena
Voit Edenred comme un partenaire business, pas juste un moyen de paiement
Si soutien
Presque
Voit l’application Edenred+ comme un canal d’acquisition client
Non
Oui
Est proactive sur une plateforme qu’elle utilise quelques fois par an
Si guidée
Oui
Prête à créer des deals ?
Sous conditions
Oui, mais…
acquispossible sous conditionsbloqué
Maria, la guider pas à pas
Elle franchit le pas si l’interface lui dit quoi faire et lui prouve le gain. Il fallait encore décider ce que « ça vaut la peine » veut dire pour elle.
Elena, ne pas la décevoir
La cible la plus mûre au départ et la plus exigeante. Une fonctionnalité bâclée la fait fuir pour de bon.
« J’accepte Edenred parce que mes clients l’utilisent » doit devenir « J’utilise Edenred pour générer du business »La bascule à obtenir avant d’ajouter la moindre fonctionnalité
Un atelier de deux demi-journées pour trouver quoi construire
C’est ce tableau qui a donné la question de l’atelier : où et comment rendre la valeur commerciale d’Edenred visible avant de demander au marchand de créer un deal ?
L’atelier a réuni deux équipes de trois sur deux demi-journées. On savait dès le début ce qu’on voulait en sortir : trois hypothèses testables et quelques idées assez précises pour être prototypées.
10 min
Le contexte et les objectifs
Poser le problème, le périmètre et ce qu’on attend de la séance.
30 min
Comprendre
Tout ce qu’on savait déjà, mis sur la table avant de réfléchir. Chacun lit, personne ne propose encore.
Segmentation des marchands
Synthèse des entretiens
Retail media
Benchmark
45 min
Cadrer
Le cadrage business, puis les problématiques reformulées en How Might We, regroupées par thème et votées.
Imaginer
Les idées et les croquis
Les personas sont relus à voix haute, on note les idées qui émergent autour d’eux puis on fait des Crazy 8’s.
Le board de la séance, de l’agenda aux croquis.
Les supports fabriqués avant
Chaque exercice a sa planche : les consignes, la durée, les exemples pour amorcer et un exemple de mauvaise réponse à côté du bon. Tout est prêt avant la séance.
Un exemple : les offres publicitaires de Deliveroo côté restaurateur et ses deals tels qu’un usager les voit.
La production · deux équipes, deux personas
Une équipe s’identifie à Maria, l’autre à Elena. Les deux paquets d’idées n’ont rien à voir : ce qui rassure Maria agace Elena.
Chaque équipe remplit trois registres : ce qui la freine, ce qui l’incite à passer à l’action et ce qui lui donne envie de revenir.Crazy 8’s : huit minutes, huit cases puis on vote.
La sortie · les idées qui ont gagné le vote
Le rendu visuel de la campagneVoir à quoi ressemblera le deal dans l’application avant de le publier.
Les deals des restaurants comparablesCe que font les établissements similaires ou concurrents et leurs résultats.
Le gain estimé avant l’activationUne fourchette de couverts supplémentaires affichée avant de valider.
Une donnée qu’elle n’a nulle part ailleursLes utilisateurs géolocalisés autour du restaurant, en intention de déjeuner.
Volet 2 · Les rituels de l’équipe
Ce qui revient toutes les semaines
L’équipe a deux rendez-vous fixes. Une fois par semaine, on a une session de design critique : quelqu’un pose son écran ou son flux sur FigJam et explique où il en est. L’équipe remplit des post-it avec ses questions, ses idées et ce qu’elle apprécie.
❓ Les questions
Ce qu’on ne comprend pas.
😍 Ce qui marche
Les bonnes idées qu’il faut garder.
💡 Les pistes
Toutes les idées qui nous passent par la tête.
La page Factures avec ses cinq écrans passés en revue. Trois colonnes de post-it sous chacun.
Le deuxième rendez-vous est le kick-off au démarrage de chaque sujet : on repart avec ce type de board pour ne rien oublier.
Le but
Ce qu’on doit avoir en sortant : les livrables, le problème défini, le périmètre, la méthode, le calendrier et les rôles.
A · Pourquoi maintenant
Ce qui rend le sujet urgent.
B · L’état des lieux
Ce qu’on sait déjà : le parcours actuel annoté, les cas d’usage, les données disponibles et ce qu’on ne sait pas encore.
C · Périmètre & approche
Ce qu’on touche, ce qu’on ne touche pas et les différentes phases de travail prévues avec leurs livrables.
D · Rôles
Qui décide, qui produit, qui valide.
E · Récap & suite
Les questions ouvertes et la date du point suivant.
Le board du kick-off, six blocs dans l’ordre. Celui-ci ouvrait la refonte de la page de paiement.
Volet 3 · La formation
L’accessibilité en une heure pour cinquante personnes
J’ai suivi une formation à l’accessibilité de deux jours et je l’ai trouvée assez utile pour ne pas la garder pour moi. J’en ai fait une séance d’une heure, ouverte à qui voulait venir et j’ai construit tout le support. On était une cinquantaine dans la réunion : designers, product managers, développeurs, tous les métiers du produit.
À essayer
Cliquez sur un réglage et toute la page va s’adapter à vous.
Avec la formation, c’est ce que j’ai voulu faire : nous mettre à la place de quelqu’un d’autre pendant deux minutes pour mieux comprendre chaque utilisateur.
Condenser deux jours en une heure oblige à choisir. J’ai gardé cinq temps : les handicaps eux-mêmes, ce qu’il faut vérifier, la façon de l’installer dans une organisation, les tests et l’audit. Chaque planche est une carte qu’on parcourt à l’écran avec des démonstrations en direct sur de vrais sites.
La séance se termine sur de l’outillage plutôt que sur des principes : les extensions à installer dans le navigateur et un questionnaire pour situer l’organisation sur l’échelle de maturité. Chacun repart en mesure de vérifier son propre écran le lendemain.
WAVE
axe DevTools
Accessibility Insights
Assistant RGAA
WCAG Color contrast
Web Developer
Le support en entier avec : le contexte, les handicaps, ce qu’il faut vérifier, comment l’installer dans une organisation, les tests, les extensions, l’audit.
L’accessibilité est utile à 100 % des utilisateurs. Pour 30 %, elle est nécessaire. Pour 10 %, elle est indispensable.La phrase d’ouverture de la formation
Ce que l’équipe en retient
Le handicap est souvent passagerUn bras dans le plâtre ou un écran en plein soleil, ce qu’on conçoit pour un handicap durable sert à tout le monde le reste du temps.
La moitié se joue avant le développementContrastes, taille des zones cliquables, ordre de tabulation, textes alternatifs.
Une maquette s’annoteRôles, niveaux de titre, ordre de lecture, alternatives textuelles : sans ces annotations le développeur doit deviner.
La conformité est une échelleUne organisation passe par six niveaux de maturité, d’absente à optimisée. Savoir se situer sur cette échelle permet d’avancer d’étape par étape.
Prendre du temps pour la préparation
Le projet Deals, les rituels et la formation sont partis du même endroit : un moment où l’équipe n’arrivait plus à trancher et où il manquait un objet, un persona ou un exercice pour relancer la discussion.
Je passe plus de temps à préparer qu’à animer mais quand la planche est prête, on entre dans le sujet dès les premières minutes du workshop.
Edenred · Recherche et ateliers
Ateliers & personas
Un persona sert surtout à savoir ce qui braque les gens. Trois volets ici : les personas et l’atelier qui ont ouvert la fonctionnalité Deals, les rituels de l’équipe et la formation accessibilité que j’ai montée.
RôleProduct designer, animation d’ateliers
ContexteEdenred
Les voletsPersonas, rituels, accessibilité
L’atelierDeux demi-journées, deux équipes de trois
Marie-Liesse de Solages · product designer
Volet 1 · le projet Deals
Trois restaurateurs, trois façons de dire non
Sur le papier on savait tout d’eux. Ce qui manquait, c’était des visages. Pour chacun j’ai moins cherché ce qu’il veut que ce qui le fait refermer la porte.
L’ultra pragmatiqueDimitarCe qui le braque : le mot « accompagnement », un tutoriel imposé en cinq étapes.
La manager informéeMariaCe qui la braque : le vocabulaire technique, une erreur possible sans prévenir.
La data-drivenElenaCe qui la braque : toute posture pédagogique, être traitée comme tout le monde.
La bascule à obtenir
« J’accepte Edenred parce que mes clients l’utilisent » doit devenir « J’utilise Edenred pour générer du business ».
Volet 1 · le périmètre
Tout le monde n’était pas la cible
Trois conditions à remplir pour qu’un marchand crée un deal, cochées profil par profil. Dimitar n’en remplissait aucune : il est sorti du périmètre de l’atelier sans sortir de la recherche.
Les trois conditions à remplir pour créer un deal, cochées pour les personas 2 et 3
La condition à remplir
Persona 2Maria
Persona 3Elena
Voit Edenred comme un partenaire business, pas juste un moyen de paiement
Si soutien
Presque
Voit l’application Edenred+ comme un canal d’acquisition client
Non
Oui
Est proactive sur une plateforme qu’elle utilise quelques fois par an
Si guidée
Oui
Prête à créer des deals ?
Sous conditions
Oui, mais…
Maria, la guider pas à pas
Elle franchit le pas si l’interface lui dit quoi faire et lui prouve le gain.
Elena, ne pas la décevoir
La cible la plus mûre au départ et la plus exigeante. Une fonctionnalité bâclée la fait fuir pour de bon.
Volet 1 · l’atelier
Un board pareil ne se remplit pas tout seul
Chaque exercice a sa planche : les consignes, la durée, les exemples pour amorcer et un exemple de mauvaise réponse à côté du bon.
Le board de la séancede l’agenda aux croquis, une colonne par bloc
Deux équipes, deux personasce qui rassure Maria agace Elena
Ce qui sort du vote
Le rendu visuel de la campagne avant publication, les deals des restaurants comparables, le gain estimé avant l’activation.
Volet 2 · les rituels
Ce qui revient toutes les semaines
Deux rendez-vous fixes : le design critique une fois par semaine et un kick-off pour ouvrir chaque sujet, sur un board qu’on remplit ensemble.
Le design critiqueUne fois par semaine, quelqu’un pose son écran sur FigJam.
Le kick-offLe board qui ouvrait la refonte de la page de paiement.
Trois colonnes de retours
Les questions · ce qu’on ne comprend pas
Ce qui marche · les bonnes idées à garder
Les pistes · tout ce qui nous passe par la tête
Six blocs dans l’ordre
Le but · ce qu’on doit avoir en sortant
Pourquoi maintenant · ce qui rend le sujet urgent
L’état des lieux · ce qu’on sait déjà et ce qu’on ignore
Le périmètre · ce qu’on touche et ce qu’on ne touche pas
Les rôles · qui décide, qui produit, qui valide
Volet 3 · la formation
L’accessibilité en une heure pour cinquante personnes
J’ai suivi une formation de deux jours et je l’ai trouvée assez utile pour ne pas la garder pour moi. J’en ai fait une séance d’une heure et j’ai construit tout le support.
Le support de la séancedesigners, product managers et développeurs dans la même réunion
À essayer sur le site
Cinq réglages rejouent sur la page ce que la formation montrait : deutéranopie, sans les couleurs, vision floue, texte à 200 %, contrastes mesurés. Ils s’appliquent à la page entière.
Merci
Marie-Liesse de Solages
Ce qui me plaît dans ce métier, c’est d’aller regarder les gens se servir de ce qu’on a fait. Les moments que je préfère sont ceux qu’on a tendance à négliger : l’écran d’erreur, la personne qui revient après six mois et a tout oublié.
Si ce genre de sujet vous occupe en ce moment, écrivez-moi. Je vous raconterai les sept autres projets et ce que je ne montre pas sur le site. Je suis product designer, basée à Boulogne-Billancourt et ouverte aux opportunités.