Marie-Liesse de Solages
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Edenred · Recherche & ateliers

Ateliers & Personas

Un persona sert surtout à savoir ce qui braque les gens. Trois volets de mon travail chez Edenred : les personas et l’atelier qui ont ouvert la fonctionnalité Deals, avec le tableau qui a écarté un profil du périmètre ; les rituels qui rythment la semaine de l’équipe ; et la formation accessibilité que j’ai montée pour les designers et les product managers.

RôleProduct designer · animation d’ateliers
ContexteEdenred
Volet 1Personas & atelier
Volet 2Rituels d’équipe
Volet 3Accessibilité

Un board pareil ne se remplit pas tout seul. Voici comment je m’y prends.

Volet 1 · Recherche & atelier

Le projet Deals

Les Deals partaient d’une idée simple. Un restaurateur crée une promotion, elle s’affiche dans l’application où les salariés cherchent où déjeuner et il remplit sa salle aux heures creuses. Entre lui et cette promotion il y a un portail qu’il ouvre seulement pour télécharger ses factures.

Sur le papier, on savait déjà tout sur eux. Ce qui manquait c’était des visages. J’ai repris la documentation qu’on avait et fait le benchmark. J’en ai tiré trois profils et construit les exercices de l’atelier autour d’eux. Pour chacun j’ai moins cherché ce qu’il veut que ce qui le fait refermer la porte.

Trois restaurateurs, trois façons de dire non

Persona 1

Dimitar

L’ultra pragmatique

Restaurateur solo, trente-cinq ans de métier, quatre employés. Fait sa compta lui-même.

« Si j’en ai pas besoin, pourquoi je le ferais ? »

Ce qui le ferait bouger

  • Un proche de confiance qui lui montre
  • Un autre restaurateur qui témoigne
  • Un deal déjà configuré, prêt à activer

Ce qui le braque

  • Le mot « accompagnement »
  • Un tutoriel imposé en cinq étapes
  • « On va vous aider à mieux gérer »
La fiche complète de Dimitar
La fiche persona de Dimitar : objectifs business, outils et pratiques, peines quotidiennes, besoins profonds, et sa relation aux deals en six blocs
Persona 2

Maria

La manager informée

Gérante, venue d’un autre secteur. Son comptable se connecte souvent à sa place.

« Je veux pas passer pour un imbécile. »

Ce qui la ferait bouger

  • Son comptable, s’il valide la démarche
  • Un chiffre comparé à son secteur
  • Un deal clés en main, résultat affiché avant

Ce qui la braque

  • Le vocabulaire technique
  • Une erreur possible sans prévenir
  • Le ton « on va vous expliquer »
La fiche complète de Maria
La fiche persona de Maria : objectifs business, outils et pratiques, peines quotidiennes, besoins profonds, et sa relation aux deals en six blocs
Persona 3

Elena

La data-driven

Plusieurs établissements, un réseau structuré. Pilote ses indicateurs tous les jours.

« J’ai déjà des outils qui font ça, qu’est-ce que vous m’apportez de plus ? »

Ce qui la ferait bouger

  • Une donnée qu’elle n’a nulle part ailleurs
  • Un accès avant tout le monde
  • Des chiffres fins après le deal

Ce qui la braque

  • Toute posture pédagogique
  • Être traitée comme tout le monde
  • Moins de détail que ses outils actuels
La fiche complète d’Elena
La fiche persona d’Elena : objectifs business, outils et pratiques, peines quotidiennes, besoins profonds, et sa relation aux deals en six blocs

Le tri : tout le monde n’était pas la cible

Avant de concevoir quoi que ce soit j’ai posé trois conditions à remplir pour qu’un marchand crée un deal et je les ai cochées profil par profil. Deux seulement les remplissaient, même partiellement. Dimitar n’en remplissait aucune : il est sorti du périmètre de l’atelier sans sortir de la recherche.

Les trois conditions à remplir pour créer un deal, cochées pour les personas 2 et 3
La condition à remplir Persona 2Maria Persona 3Elena
Voit Edenred comme un partenaire business, pas juste un moyen de paiement Si soutien Presque
Voit l’application Edenred+ comme un canal d’acquisition client Non Oui
Est proactive sur une plateforme qu’elle utilise quelques fois par an Si guidée Oui
Prête à créer des deals ? Sous conditions Oui, mais…

acquis possible sous conditions bloqué

Maria, la guider pas à pas

Elle franchit le pas si l’interface lui dit quoi faire et lui prouve le gain. Restait à trancher ce que « ça vaut la peine » veut dire pour elle.

Elena, ne pas la décevoir

La cible la plus mûre au départ et la plus exigeante. Un dispositif bâclé la fait fuir définitivement.

« J’accepte Edenred parce que mes clients l’utilisent » doit devenir « J’utilise Edenred pour générer du business » La bascule à obtenir avant d’ajouter la moindre fonctionnalité

Un atelier de deux demi-journées pour trouver quoi construire

De ce tableau est sortie la question de l’atelier : où et comment rendre la valeur commerciale d’Edenred visible avant de demander au marchand de créer un deal ?

L’atelier a réuni deux équipes de trois sur deux demi-journées, avec un objectif de sortie posé dès le début : trois hypothèses testables et une poignée d’idées assez précises pour être prototypées.

10 min

Le contexte et les objectifs

Poser le problème, le périmètre et ce qu’on attend de la séance. C’est le seul moment où je parle longtemps.

30 min

Comprendre

Tout ce qu’on savait déjà, mis sur la table avant de réfléchir. Chacun lit, personne ne propose encore.

  • Segmentation des marchands
  • Synthèse des entretiens
  • Retail media
  • Benchmark
45 min

Cadrer

Le cadrage business, puis les problématiques reformulées en How Might We, regroupées par thème et votées. On en garde trois.

Imaginer

Les idées et les croquis

Les personas relus à voix haute, puis les idées en masse. Les Crazy 8’s viennent en dernier, à la main sur du papier plié.

Le board de l’atelier de bout en bout : agenda, contexte et objectifs, la phase de compréhension avec ses sources, le cadrage, puis l’idéation avec les personas et les Crazy 8’s
Le board de la séance, de l’agenda aux croquis. Chaque bloc de l’agenda a sa colonne.

Les supports · fabriqués avant

Chaque exercice a sa planche : les consignes, la durée, les exemples pour amorcer et un exemple de mauvaise réponse à côté du bon. Tout est prêt avant la séance.

Deux planches de benchmark : le parcours de création de campagne publicitaire d’un concurrent écran par écran, et ses deals tels qu’un usager les voit, avec les enseignements notés à côté
Un exemple : les offres publicitaires de Deliveroo côté restaurateur et ses deals tels qu’un usager les voit.

La production · deux équipes, deux personas

Une équipe sur Maria, l’autre sur Elena. Les deux paquets d’idées n’ont rien à voir : ce qui rassure Maria agace Elena.

La planche d’idéation : les deux personas en tête de section, et pour chacun trois registres de post-its, ce qui freine, ce qui incite à passer à l’action, ce qui donne envie de revenir, puis la colonne des idées retenues
Chaque équipe part de son persona et remplit trois registres : ce qui freine, ce qui incite à passer à l’action, ce qui donne envie de revenir.
La planche Crazy 8’s : les consignes de pliage de la feuille, puis les croquis papier photographiés de chaque participant et les écrans qui en sont sortis
Crazy 8’s : huit minutes, huit cases, puis le vote. Les croquis papier et les écrans qui en sont sortis.

La sortie · les idées qui ont gagné le vote

  1. Le rendu visuel de la campagneVoir à quoi ressemblera le deal dans l’application avant de le publier.
  2. Les deals des restaurants comparablesCe que font les établissements similaires ou concurrents et leurs résultats.
  3. Le gain estimé avant l’activationUne fourchette de couverts supplémentaires affichée avant de valider.
  4. Une donnée qu’elle n’a nulle part ailleursLes utilisateurs géolocalisés autour du restaurant, en intention de déjeuner.
Volet 2 · Les rituels de l’équipe

Ce qui revient toutes les semaines

Des rendez-vous réguliers structurent le travail de l’équipe. Je les ai animés ou outillés de la même façon : une planche, des consignes et une place prévue pour chaque type de parole.

Le design critique, montrer avant d’avoir fini

Une fois par semaine quelqu’un pose son écran sur le mur et l’équipe le regarde. La planche demande d’abord ce qui est partagé, où on en est (exploration, itération, prêt à partir) et quel type de retour on cherche. Ensuite seulement les retours arrivent et ils tombent dans trois colonnes distinctes.

❓ Les questions

Ce qu’on ne comprend pas. On demande avant de juger, ça évite la moitié des désaccords.

😍 Ce qui marche

Ce qu’il faut garder. Sans cette colonne on ne retient que les problèmes et on casse ce qui allait.

💡 Les pistes

Une idée, pas une consigne. Le designer reste maître de son écran et arbitre après coup.

Le design critique de la page Factures : la fiche d’agenda et de statut à gauche, cinq écrans passés en revue, et sous chacun ses trois colonnes de post-its
La page Factures, cinq écrans passés en revue. Trois colonnes de post-its sous chacun.

Le kick-off, se mettre d’accord avant de commencer

Au démarrage d’un sujet une séance sert à repartir avec la même version des faits. Celle-ci ouvrait la refonte de la page de paiement. Six blocs dans cet ordre. On ne passe pas au suivant tant que le précédent n’est pas rempli.

Le but

Ce qu’on doit avoir en sortant : les livrables, l’accord sur le problème, le périmètre, la méthode, le calendrier et les rôles.

A · Pourquoi maintenant

Ce qui rend le sujet urgent. Ce sont les gens qui le portent qui remplissent ce bloc.

B · L’état des lieux

Ce qu’on sait déjà : le parcours actuel annoté, les cas d’usage, les données disponibles et ce qu’on ne sait pas encore.

C · Périmètre & approche

Ce qu’on touche, ce qu’on ne touche pas et les différentes phases de travail avec leurs livrables.

D · Rôles

Qui décide, qui produit, qui valide.

E · Récap & suite

Les questions restées ouvertes et la date du point suivant.

Le flow de paiement refait : trois scénarios en parallèle, connexion normale, arrivée sur la liste des factures, arrivée sur le détail d’une facture, chacun jusqu’au choix du moyen de paiement
Le parcours refait avec ses trois portes d’entrée : connexion normale, lien vers la liste, lien vers la facture.
Volet 3 · La formation

Former l’équipe à l’accessibilité

J’ai suivi une formation à l’accessibilité de deux jours et je l’ai trouvée assez utile pour ne pas la garder pour moi. J’en ai fait une séance d’une heure, ouverte à qui voulait venir et j’ai construit tout le support. On était une cinquantaine dans la réunion : designers, product managers, développeurs, tous les métiers du produit.

Condenser deux jours en une heure oblige à choisir. J’ai gardé cinq temps : les handicaps eux-mêmes, ce qu’il faut vérifier, la façon de l’installer dans une organisation, les tests et l’audit. Chaque planche est une carte qu’on parcourt à l’écran, avec des démonstrations en direct sur de vrais sites.

La séance se termine sur de l’outillage plutôt que sur des principes : les extensions à installer dans le navigateur et un questionnaire pour situer l’organisation sur l’échelle de maturité. Chacun repart en mesure de vérifier son propre écran le lendemain.

  • WAVE
  • axe DevTools
  • Accessibility Insights
  • Assistant RGAA
  • WCAG Color contrast
  • Web Developer
Le support de la formation accessibilité : sept planches alignées, de l’introduction sur le contexte à l’audit, en passant par les handicaps, ce qu’il faut vérifier, l’installation dans l’entreprise, les tests et les extensions de navigateur
Le support, en entier. Sept planches dans l’ordre de la séance : le contexte, les handicaps, ce qu’il faut vérifier, comment l’installer dans une organisation, les tests, les extensions, l’audit. Cliquez pour entrer dedans.
L’accessibilité est utile à 100 % des utilisateurs. Pour 30 %, elle est nécessaire. Pour 10 %, elle est indispensable. La phrase d’ouverture de la formation

Ce que l’équipe en retient

Préparer plus qu’animer

Le projet Deals, les rituels et la formation sont partis du même endroit : un moment où l’équipe n’arrivait plus à trancher et où il manquait un objet simple pour relancer la discussion. Une fiche, une planche d’exercice, un tableau de trois lignes, ça suffit souvent.

Ce que j’en garde, c’est qu’un persona sert surtout à savoir ce qui braque les gens et que le tableau des trois conditions m’oblige encore à dire à qui je parle avant de décider quoi construire. Le reste est une affaire de préparation. J’y passe plus de temps qu’à animer, mais quand la planche est prête, on entre dans le sujet dès les premières minutes au lieu de passer un quart d’heure à expliquer l’exercice.